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C'est l'indigesti0n de t0us ces papill0ns dans le ventre
--> J'ai le désir débordant qu'il me ranime

Ecrit le 18.12.10 à 14h15
Mon Dieu. J’ai le numéro de Grand Fou dans mon portable. Quand je parcours mes contacts et que son nom s’affiche, ça me fait vraiment tout bizarre. Vous imaginez, mes rêves les plus fous à la portée d’un coup de fil.

Je le sais bien, j’aurais dû me débrouiller pour rater mon train. Ou l’appeler plus tôt dans la matinée, quitte à réveiller ses insomnies. Et ne pas faire autant confiance en ces occasions prochaines. Peut-être que c’était de l’ordre du maintenant ou jamais. Que c’était le contexte qui voulait ça. Je n’en reviens toujours pas. Je n’arrive pas à digérer les papillons dans le ventre. Se voir juste tous les deux en dehors des autres, de la musique, mais de quoi aurait-il voulu parler? Ca aurait pu être davantage intimidant que ça ne l’était déjà. Et alors aurait-on pu luter contre ce trac de paraître tel que nous sommes l’un en face de l’autre?

La dernière fois il était clair qu’il chantait dans ma direction. Qu’il avait des coins préférés où poser le regard, et ces coins c’étaient des gens. Pour une chanson en particulier, une de celles qu’il préfère il avait le plan fixe, droit dans mes rétines. Alors bien sur c’était dans le noir et peut-être même qu’il ne se rendait compte de rien. Mais il me disait que le chi€n du désir aboyait dans sa poitrine et je voyais ses yeux reluire d’une étrange lumière, qui n’existe pas dans son être de la ville anonyme auprès des passants, anonyme au comptoir de ce bar son aura invisible. J’y ai cerné une intensité sombre au plongeon dangereux, qui n’est pas présente lorsqu’il te dit bonjour, ni même lorsqu’il te dit au revoir. Je me suis demandé s’il pouvait me voir, parce qu’alors ça aurait été très déstabilisant toutes ces déclarations dans le blanc de l’œil caché par l’obscurité, en y mettant l’intention. Malsain, même.

Je ressasse, je ressasse et bientôt je n’aurai plus rien à raconter. J’aurai pressé les souvenirs jusqu’à la dernière goutte alors viendra le moment du ravitaillement, à nouveau je devrai bousculer les chemins de vie pour qu’ils se recroisent par mégarde quitte à m’éloigner un peu de la destination. Or parfois faire un détour,
c’est pour la bonne cause.

J’ai envie de paraitre ridicule pour l’entendre une fois encore se retenir de pouffer bêtement. Une fois encore mêler nos hontes à nos silences, qu’il me fasse les yeux écarquillés quand la tête dans les nuages je me rends compte que je le fixe et le sentir gêné par tant d’impudeur, je veux le revoir accompagné quand il arrive et les laisser quitter le bar parce qu’il a oublié qu’il n’était pas tout seul, voir les gens de sa connaissance partir un à un sans qu’il ne se décide à me laisser à mon sort, sans jamais qu’il ne se sente pas à sa place debout mal calé à côté de moi et se partager des bouts de fromage rassis sur un lit de pain sec parce qu’on n’ose pas dire aux autres qu’un peu plus tôt on n’a pas fini nos assiettes le cœur posé sur l’estomac, perturbés par tant de proximité dinatoire. Je veux que l’on partage ensemble toutes ses chansons qu’il n’aime pas, et qu’on se redise en chœur que c’est vrai, elles ne sont pas terribles. Même si j’aime tout. Dans son propre répertoire il a les mêmes goûts que moi. J’ai le désir débordant qu’il me ranime. Mais s’il pouvait déjà penser à ne pas m’oublier….


Ecrit par Dine, le Dimanche 29 Mai 2011, 17:50 dans la rubrique Actualités.